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Mais Pollrot ne dit pas qu’il avait seulement étéchargé d’espionner le duc : il déclara hautement quel’amiral de Goligny lui avait, à plusieurs reprises, pro-posé de l’assassiner, et qu’il n’avait agi qu’à ses sug-gestions, ainsi qu’à celles de Théodore de Bèze. Il nechargea ni Gondé, ni Dandelot, ni Soubise, et prétenditqu’ils étaient absolument restés en dehors du crime etqu’ils en avaient ignoré l’exécution; mais, quant à cequi regarde Goligny, il fut ferme et précis dans sesréponses. M. Gh. Cauvin, dans son livre si intéressant,donne quelques détails encore plus explicites :
« Jean Poltrot, sire de Méré, dit-il, avait alorsvingt-six ans. L’esprit sombre, inquiet, mais ardent etdoué d’une grande intelligence, il avait été d’abord uncatholique fanatique. Sous Henri II, il avait fait unlong séjour en Espagne en qualité d’espion. Il étaitpetit, il avait le teint cuivré, et avait pris si bien lesmœurs et les allures du pays où il avait séjourné,qu’on ne l’appelait plus que l’Espagnol. Il avait été,dit-on, page de la reine. A son retour en France, ilembrassa le calvinisme, et son fanatisme ne fit quecroître. Compromis dans la conjuration d’Amboise, cefut à la généreuse intercession du duc de Guise qu’ildut la vie. Lorsque les guerres religieuses éclatèrent,il alla offrir ses services à Soubise, qui commandaitles réformés de Lyon. Ce seigneur, frappé de son intel-ligence et de son activité, le dépêcha auprès de Coligny,après la bataille de Dreux, avec des lettres de recom-mandation. Ce fut en faisant le tableau de la situationdes réformés dans le Dauphiné qu’il exprima, dit-on,à l’amiral, le désir qu’il avait de tuer le duc de Guise,considérant que c’était le plus grand bien qui pût avenirpour les réformés. C’est pendant le siège de Celles
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