l’amiral DE C0L1GNY 147
recommandation d’espionnage ; mais Poltrot les inter-préta sanguinairement.
'« Il vint au camp royal. Il avait longtemps vécu dansles Asturies, dont il avait contracté l’accent. Sa belletaille, son teint basané, sa réserve, sa gravité, tout sonextérieur d’Espagnol plurent à M. de Guise. Poltrotlui insinua qu’il désirait abjurer la religion protestante.M. de Guise applaudit à ce projet, sans presser autre-ment Poltrot que par ses courtoisies. Il l’invitait sou-vent à sa table, lui adressait la parole avec bonté, etlui permettait de l’accompagner à la promenade ouaux remparts. Poltrot se montrait reconnaissant etsemblait s’être dévoué au duc, il épiait le momentfavorable. »
Tous les témoignages confirment ceux de Dargaud,de Caraman-Chimay, de Brantôme, de Bouillé, que nousavons déjà rapportés. L’abbé Petit affirme nettement :« Un fanatique huguenot, Poltrot de Méré, après avoiréprouvé la bienveillance du duc, sans avoir jamais eusujet de s’en plaindre, poussé uniquement par le désirde débarrasser son parti d’un adversaire dangereux,conçoit le projet de le tuer. Il s’en ouvre à Goligny et àThéodore de Bèze; ceux-ci, au lieu de le retenir, l’affer-missent dans sa résolution : « Allez », disent-ils, «prenez« courage : les anges vous aideront. » Afin de mieuxatteindre son but, il se fait serviteur du duc, et épiechaque jour le moment de le tuer.
« Enfin, il va dans un bois avec un pistolet chargé deballes empoisonnées, attend l’arrivée de son maître, enpriant Dieu de fortifier son bras; puis, au momentfavorable, il tire croyant faire une bonne action. Maisce qu’il y a de plus surprenant, est ce qui arrive en-suite à l’assassin. Il saute sur son cheval, court à toute