154
l’amiral de coligny
La mort du duc de Guise jeta la cour dans des em-barras effrayants. La guerre civile désolait le royaume,et le conseil du roi ne voyait plus aucun chef capablede la conduire ou de la terminer. La haine de la reinemère pour Montmorency, la crainte de donner trop depuissance au prince de Gondé, lui suggérèrent l’idéed’appeler en France un prince étranger (1).
Elle écrivit de Blois au duc de Wurtemberg, pourl’engager à. venir prendre l’administration générale duroyaume avec un pouvoir absolu (2).
Cette démarche honteuse n’empêchait pas cependantles négociations pour la cessation des hostilités, etla reine chercha à se rapprocher du prince de Gondé.
Celui-ci, après avoir vraiment pratiqué de se sauverde sa prison d’Onzain, fut remis en liberté sur parole,et, de Blois, il fit de fréquents voyages auprès deColigny, pour le déterminer à prendre part aux confé-rences qui avaient été ouvertes entre les principauxchefs des deux partis. L’amiral, devenu, depuis la cap-tivité du prince, le véritable chef des protestants, s’yrefusa longtemps; il espérait profiter, dans l’intérêt deson parti, de l’extrémité où se trouvaient les affairesdes catholiques, et prétendait dicter lui-même lesconditions de la paix. Ce qu’il désirait surtout, c’étaitl’exécution de l’Edit de Janvier 1562 (3).
Mais déjà le prince de Condé, que les espérances pro-diguées à son ambition et les séductions de la cour ren-daient plus facile et plus traitable, avait arrêté tous lespréliminaires d’un traité. L’absence seule de Colignypouvant en retarder la conclusion définitive, l’amiral,
( 1 ) M. de la Saussaye : Histoire du château de Blois.
(2) De Thou : Histoire universelle, liv. XXXIV, p. 529.
(31 Castelnau, 1. IV, ch. iv, p. 128-151.