l’amiral de coligny
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Coligny, dont l’influence occulte se fait sentir danstous ces événements, reprocha amèrement au princede Condé d’avoir, d’un trait de plume, par l’édit d’Am-boise, ruiné plus d’églises protestantes « que toutes lesforces ennemies n’en eussent pu abattre en dix ans ».
Les haines étaient bien loin de s’apaiser. L’éditd’Amboise mécontentait les deux partis; chacun seplaignit des concessions faites à l’autre. Bien plus,les huguenots, au lieu de dissimuler leurs sentiments,se réjouissaient de l’assassinat de M. de Guise, qui lesdélivrait de la peur que ce chef toujours invincible leurinspirait, et ce fut par tout le royaume une explosionde joie infâme, à la nouvelle du crime de Poltrot.
« J’ai connu en ma jeunesse, raconte Louis Auberydu Maurier, la femme du sieur Alard, capitaine dansles trouppes françoises de Hollande, tellement aveu-glée du faux zèle de la religion de Calvin, qu’ellemontroit à tout le monde le portrait de Poltrot, peintcomme une Judit, ayant tué Iloloferne, qu’elle avoitdans la ruelle de son lit, comme un grand martyr, etqu’elle regardoit comme le libérateur du petit trou-peau (1). »
Les calvinistes exaltent donc l’exécrable meurtrierjusqu’aux nues. Ils l’appellent le libérateur, le dixièmepreux. Il composent des chansons en l’honneur de l’as-sassin.
Cet unique PoltrotSur qui tomba le lotDe retirer de presseLe parti huguenotDans sa grande détresse.
(1) Mémoires pour servir à l'histoire de la Hollande et desProvinces-Unies, p, 160. Palis, 1680.