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l’amiral de coligny
effet lui fit délivrer vingt éeus, sans lui tenir autre lan-gage ni propos, et sans jamais lui faire mention de tuerou de ne pas tuer ledit seigneur de Guise ».
Il était, en effet, assez inutile de tenir « d’autrespropos » à un homme qui se vantait de tuer le duc deGuise dans son camp, lorsqu’il l’envoyait dans ce campmême en qualité d’espion. Il reconnut de même luiavoir encore donné de l’argent à d’autres reprises. Ilavoua se souvenir que Poltrot s’avança un jour jusqu’àdire qu’il serait aisé de tuer le duc de Guise, mais ilsoutint que lui, Coligny, n’insista pas sur cet article.Enfin, il se borna à nier purement et simplement toutesles autres dépositions de Poltrot (1).
L’opinion de Dargaud est assez curieuse à men-tionner; elle constitue un quasi-aveu.
« Sa part, la voici, dit-il :
« Il ne doutait pas que le duc de Guise n’eût ourdiun complot contre sa vie, et, dans cette persuasion, ilne se croyait plus obligé de sauver celui qui voulait leperdre. Sous l’obséssion de ses ressentiments, il en-tendit, sans le réprimander, Poltrot déclarer qu’ilimmolerait le duc de Guise, dés que l’occasion seraitfavorable. Peut-être Coligny pensa-t-il que c’étaientparoles en l’air et forfanterie de soldat. Ce qu’il y ad’incontestable, c’est qu’il demeura muet. Yoilà safaute. Cette faute, c’est son silence. Il n’encouragea pasle crime, mais il ne le découragea pas non plus. C’estune tache dans la renommée de Coligny. »
La reine et le Parlement esquivèrent la confrontationexigée par Coligny. Poltrot était écartelé depuis le
(1) Gaspard de Coligny, par le prince Eugène do Caraman-
OiHIMAY.