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l'amiral de coligny
fussent traduits devant le Parlement. C’était là juste-ment ce que l’amiral redoutait davantage, et il deman-dait que la cause fût évoquée au conseil du Roi :« Rien, disait Anne d’Est, ne serait plus inique que debailler, à un accusé d’un tel crime, juges par luidemandés et poursuivis. »
L’amiral répondit à la demande des Guise par satroisième « apologie ». Ce qui est fort curieux dans cedocument, c’est que l’amiral, si grand défenseur dudroit de la nation, toujours si prêt à en appeler auxassemblées, aux États Généraux, contre les [abus dupouvoir, soutient ici, dans l’intérêt de sa cause, unethèse singulièrement différente. « Quoi que M ms deGuise puisse supposer par ses requestes, dit-il au Roi,la justice, administration et distribution d’icelle, esten vostre main — non liée, ni obligée à Cour de Parle-ment ou autre — pour, soit de volonté, soit par jus-tice, la raison et nécessité le requérant, la commettre àqui bon semblera; comme vous et vos prédécesseursavez fait en plusieurs cas et exemples. » Il terminaitson apologie par les accusations les plus violentescontre le feu duc de Guise, auquel il reprochait, entreautres choses, d’avoir pris les armes sans l’aveu duRoi.
« M. l’admirai de Chastillon ne se fust sauvé dumeurtre deM. de Guise s’il eust été subjet des Suisses. »Voilà ce que pense Gaspard de Tavannes de la demanded’évocation au Conseil. La cour, fort embarrassée, nerépondait rien aux requêtes, et se bornait à s’efforcerd’empêcher des collisions sanglantes, en réglant lenombre de gentilshommes que les chefs des deuxpartis pouvaient avoir avec eux. On ne tenait guèrecompte de ces ordonnances, et la haine et la rivalité