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l’amiral de coligny
attribuèrent au duc d’Albe des projets de massacrepareils à ceux qu’ils avaient imputés déjà en 1560 àFrançois de Guise, et en 1563 à Montmorency. Ilsvirent, dans l’empressement de Catherine de Médicis às’aboucher avec ' un représentant du gouvernementespagnol, une menace pour eux-mêmes; ils crurentla reine prête à écouter les conseils de rigueur et deviolence. » Mille bruits coururent sur des entretiensdont les lettres du duc d’Albe à Philippe II ont seulesrévélé le secret, lettres qu’on peut lire dans le tome IXdes papiers d’État de Granville.
Toutefois l’entrevue, beaucoup moins significativeque ne le prétendit le bruit public, servit la politiqueespagnole.-Albe avait fortifié de ses conseils les hommesqui voulaient des lois de rigueur; il leur avait présentéPhilippe II comme le champion armé du catholicismeeuropéen. Catherine elle-même, si attentive à suivre leprogrès croissant des forces du parti catholique, neput être plus insensible aux sollicitations du roi d’Es-pagne qu’elle ne l’avait été à celles du duc de Savoieou de l’envoyé du pape. Tout en résistant pour sauve-garder sa fierté, elle céda peu à peu à la pression dudedans et à celle du dehors. Elle parut moins favorableaux réformés; elle commença aussi à s’éloigner deshommes du tiers parti (I).
Charles IX revint de Bayonne par Nérac, résidencede Jeanne d’Albret, et força la reine de Navarre d’yrétablir l’exercice du catholicisme. Il traversa ensuiteAngoulême, Niort, Thouars, Angers, Tours et Blois, où
(1) Dareste : Histoire de France. — Voir sur l’entrovuo (leBayonne un remarquable article du comte de la Ferrière, publiépar la Iterue (les Questions historiques, fJuillet, octobre 1883.)