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l’amiral de coligny
que le calvinisme ne fût ruiné en Belgique, et quecette ruine n’entraînât son anéantissement en France.Ils voulurent soutenir à tout prix leurs frères desPays-Bas; ils proposèrent à Charles IX de saisirl’occasion qui s’offrait d’aider les Pays-Bas à se séparerde la monarchie espagnole, et essayèrent de réveillertoutes les haines et les défiances nationales contrel’Espagne. La proposition, insidieuse à quelqueségards, n’en avait pas moins un côté sérieux. Elleflattait les sentiments et les souvenirs populaires, lespassions des hommes de guerre qui avaient combattucontre les troupes de Charles-Quint. Elle pouvaitséduire les politiques, qui pensaient que la Francedevait chercher sur sa frontière un dédommagementaux pertes faites en Italie, et dans une guerre étran-gère une diversion utile aux troubles intérieurs (I).
La France ne pouvait demeurer spectatrice indiffé-rente d’événements aussi rapprochés que ceux desPays-Bas, surtout quand les passions qui s’y agitaientfermentaient également dans son sein. Charles IX levales gens de pied français, des lansquenets et six milleSuisses, pour se fortifier et se tenir prêt à tout hasard,mais il resta fidèle à l’alliance espagnole, offrit au ducd’Albe le passage de ses Etats, et refusa nettementl’offre que faisaient Condé et Coligny de mettre surpied les gentilshommes de la religion. Quelques-unsde ces gentilshommes ayant couru à Genève, qui secrut menacé par le passage du duc d’Albe, le roidéfendit à qui que ce fût, sous peine de perdre la vieet les biens, de prendre du service à l’étranger sansson commandement, et nommément d’aider les sujets
(1) M. C. Dareste : Histoire de France, t. IV, 1. XXIV.