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L' Amiral de Coligny et les guerres de religion au XVIe siècle / par Charles Buet
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L’AMIRAL DE COLIGNY

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qu’il s’imagine; si l’on est refusé on s’en prend à la reine;car, étant étrangère, il leur semble que, donnât-elle tout,elle ne donnerait rien du sien. On lui a toujours attribuéaussi les résolutions prises pour la paix ou la guerre, donton a été mécontent, comme si elle gouvernait par elle-même absolument, sans prendre l’avis et le conseil d’au-tres personnes. Je ne dirai pas que la reine soit unesibylle, qu’elle ne puisse se tromper, et que Sa Majesté nese confie trop quelquefois à elle-même; mais je dirai queje ne sais quel prince, le plus sage même et le plus expé-rimenté, n'eut été fort empêché en se voyant sur le dosune guerre au milieu de laquelle il lui eût été difficile dedistinguer ses amis de ses ennemis; en outre, qu’aurait-ilfait si, voulant prendre des mesures, il eût été contraintd’employer pour l’action et le conseil ceux qui l’entouraientavec la connaissance que tous étaient intéressés et partied’entre eux peu fidèles. Je répète que j’ignore quel prince,malgré la plus grande prudence, ne se serait fourvoyéau milieu de tant d’obstacles, à plus forte raison unefemme étrangère, sans personne à qui se fier,, assaillie decraintes et n’entendant jamais un mot de vérité. Quant àmoi, Sérénissime Prince, j’ai été étonné qu’elle ne se soitpas perdue et ne se trouve pas livrée entièrement à l’undes deux partis, ce qui aurait été la ruine totale de ceroyaume; or, elle a conservé néanmoins ce peu de ma-jesté royale qu’on aperçoit encore dans cette cour: aussi jeme suis plutôt apitoyé sur elle que je ne l’ai accusée.Je lui ai déclaré à elle-même dans l’occasion, et Sa Ma-jesté, en pesant avec moi les difficultés dans lesquelles ellese trouvait, m’a confirmé dans cette manière de voir, etelle m’en a fait souvenir plus d’une fois depuis. Je saisqu’on l’a vue pleurer plus d’une fois dans son cabinet;puis, faisant effort sur elle-même et s’essuyant les yeux,elle se montrait le visage riant dans les lieux publics, afinde ne point alarmer ceux qui jugeaient de l’état des chosesd’après l’expression de sa figure. Elle se remettait ensuite