l’amiral de coligny
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sadeur vénitien Michieli, envoyé pour dissuader Char-les IX de faire la guerre à l’Espagne, celle do sonsuccesseur Cavalli, celle du nonce, et les docu-ments les plus dignes de foi, montrent que, loin dedominer les événements, la reine se laissa toujoursentraîner par eux, qu’elle ne forma aucun plan arrêté,et surtout aucun plan à longue échéance. Elle avaittoujours cru calmer les orages, môme lorsqu’elle con-tribuait à les soulever. S’il n’est pas douteux quelle eûtsongé à perdre son ennemi en le frappant, et qu’elle sefût réservé cette chance de salut, du moins son carac-tère, ses actes, tout prouve qu’elle ne s’arrêta quetrès tard à cette pensée, qu’elle eut en quelque sortepeur d’elle-même, et qu’elle hésita jusqu’à la dernièreheure. Enfin le moment arriva où elle se vit forcéedans ses derniers retranchements. Elle prit alors la■résolution d’ordonner la mort de l’amiral, pour sedéfendre et pour défendre la couronne. Fatiguée etdémoralisée par treize ans d’une lutte incessante, pen-dant laquelle elle s’était maintenue avec de simplesexpédients, elle en était venue à ne plus juger lesactions humaines que par leur utilité et leur à-propos.Elle était d’ailleurs convaincue, comme tous les souve-rains l’étaient alors, que les rois sont au-dessus deslois, et n’ont dans les circonstances exceptionnelles decomptes à rendre qu’à Dieu seul. Enfin elle avait pourles moyens secrets la prédilection ordinaire aux âmesfaibles, et, comme les Italiens, elle croyait au pouvoirdes conspirations, dont l’histoire de Florence, sapatrie, lui offrait plus d’un exemple heureux (1).
Lorsque le roi, poussé par sa mère qui le menaçait
(1) Dareste : Histoire de France, t. IV, 1. XXIV, p. 280.