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jour, durant deux siècles, sur le pont-levis deschâteaux ou à la porte des abbayes'. Des villa-ges entiers abdiquèrent ainsi leur liberté pourne pas mourir de faim ou de froid 1 2 ; on vitnaître, de ces désespérés, les classes diversesde taillables à merci et de mainmortables queles cartulaires et les terriers énumèrent avectous leurs fardeaux. Les hommès libres nonpropriétaires disparaissent l’un après l’autrecomme les possesseurs d’alleux; les uns ontlivré leur terre, les autres leur liberté. Le ser-vage. , dit Montesquieu, étreignit l’Europe avecviolence à partir du À' e siècle. A la fin duXII e siècle et surtout pendant le XIII e , ce qu’onappelle le réveil de l’esprit, municipal s’accen-tue par certains faits que les chroniques met-tent en relief. Le sentiment de la solidaritéréparait comme un feu dont on retrouve lesétincelles en remuant la cendre. C’est unesorte.de réaction contre le servage; non pasencore contre l’abaissement de l’individu, maiscontre la dépendance de la communauté : pre-mier pas vers l'émancipation personnelle.
« Le X e siècle et le siècle suivant marquent, pour lesvilles, le dernier terme d’abaissement et d’oppression ;la population urbaine était, sinon la classe la plus mal-heureuse, du moins celle qui devait souffrir le plus im-patiemment le nouvel état social, car elle n’avait jamaisété ni esclave ni serve; elle avait des libertés hérédi-taires et l’orgueil que donnent les souvenirs. La ruine
1 Monteil. Histoire des Français des divers étals. (XIV e siè-cle. — Le chapitre des six couleurs.)
2 C’est de cette époque que datent la plupart des droitsd'usage dans les bois et forêts accordés à des misérables "pourbâtir des abris, se chauffer, faire pâturer des bestiaux; enéchange, ils n’avaient à donner que leurs propres corps.