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Tome premier.
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meilleur, et quand on a conscience de savaleur propre, on a bientôt le sentiment deses droits. Le vieux poète des communes fran-çaises l’exprimait avec une sombre énergiedans des vers qu’on dut bien souvent répéteraux veillées du soir, en les commentant par lesouvenir 1 :

« Comme ces chevaliers nous sommes des hommes,et comme eux notre sang coule ; — et comme euxnous versons des larmes!...— Notre bras est fort,notre cœur est ferme; — nous savons souffrir toutaussi bien qu’eux ! »

Dans les villes, les bourgeois songèrent à lacité avant de se préoccuper de l’individu ;dans les populations rurales, ce fut l’inverse.Les serfs n’avaient pensé d’abord qu’à êtredéchargés, homme par homme, famille parfamille, des servis les plus lourds ; puis ils envinrent à demander leur affranchissement parvillage, par seigneurie, et les maîtres du solconsentirent à transiger, à prix d’argent, surles droits féodaux de toute nature. Ce rachatde la terre servile dura trois siècles avant queles princes y missent la main; la transfor-mation légale du régime de la propriété fon-cière n’était point encore terminée quatre siè-cles et demi plus tard, en 1789. Il faut toutefoisle reconnaître, en Savoie, la féodalité militairene pesa pas sur les populations d’un poids aussilourd qu’en France et en Allemagne. Les sei-gneurs des Alpes, en guerre éternelle devoisinage avec les barons du Dauphiné, duPiémont, de l’Helvétie, eurent intérêt à ména-

1 Robert Wace. Roman de Rou. (Vers 5979 à 6038.)

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