Band 
Tome deuxième.
Seite
146
JPEG-Download
 

1574-1575

146 —

les Vaudois durent un repos relatif, Genève laliberté, le Piémont la fm de l’occupation mili-taire, nombre de villes un allégement d’impôts. 1N’eut-elle pas pesé de tout le poids de soncœur sur les plus généreuses résolutions duduc Philibert, n’eut-elle pas répandu autourd’elle d’innombrables bienfaits d’une mainlibérale et jamais distraite, que les délicieusesstrophes de Ronsard déplorant son départ :

« Rien que douleur je ne sçauroy chanter ! »

et le testament du chancelier de l’Hospital,lui léguant sa famille, suffiraient, à immortalisersa mémoire.

Emmanuel-Philibert avait à peine quarante-sept ans ; le départ des Français et des Espa-gnols le dégageait de toute servitude politique ;l’opinion commune lui attribuait de grandesvues, des plans hardis; mais il se renfermadans le silence. La mort de la duchesse Mar-guerite, qu’il associait à toutes ses pensées, àtous ses travaux, lui avait brisé le cœur. En1558, lors des négociations de son mariage, quela jalousie et la politique semblaient traverser,le duc écrivait d’elle à l’un de ses fidèles amis :

« Souvent vous, entre aultres, m’avez ouy priser etcélébrer Madame Marguerite ainsy que convyent auxhaultes qualités de sa personne et aux singulières vertusde son couraige, desquelles choses je faisois si grandcompte que nous nous estimerons heureux si Dieu nousdonne une telle partye et croyons certainement, laissant

1 Ainsi, quelques semaines avant sa mort, au milieu despréparatifs de fêtes et de voyages de la cour (1574), elle obte-nait pour la ville de lîourg l’exemption de la gabelle du selpendant un an; etc., etc.