Band 
Tome deuxième.
Seite
154
JPEG-Download
 

1579-1580

— 154

périence faite, le Sénat ou les ministres pro-testaient.

Il est peu de souverains que l’histoire aitautant et si justement flatté que le prince dontje viens de résumer la vie. Où chercher lemotif de cette préférence, unique peut-être,si ce n’est dans le respect de cet homme pourl’opinion? Le désir d’expliquer sa conduite etles motifs de ses actes les plus considérablessont écrits, jour par jour, dans le préambulede ses Ordonnances et dans sa volumineusecorrespondance. Le sens juridique de Cujas,l’expansion tendre de la duchesse Margueriteet la loyauté de L’Hospital, ont marqué leurtrace dans ces déclarations de principes ; leprince, avec une singulière puissance d’assi-milation, leur a imprimé un caractère saisissantet personnel. Un règne ne se résume pasdans un homme ; plus ce règne est grand, plusla responsabilité se divise. Mais il est juste quele prince en assume la meilleure part quand ilréagit aussi puissamment, par son énergiepropre, sur les opinions et sur les idées de sescontemporains. Ce fut en Savoie le rôle d’Em-manuel-Philibert. Par un mutuel échange d’ins-pirations et de réconfort, le prince et les sujetsmenèrent à fin une grande œuvre; les sujetspar des efforts patients, du patriotisme et del’indépendance ; le prince en appliquant cebon sens pratique à des vues droites et pures 1 .

1 Le Piémont, en dressant sur la place San Carlo le vio-lent cavalier do Marochetti et en lui donnant le nom du vain-queur de Saint-Quentin, n’a fait que payer la dette de l’Au-triche. La Savoie ne serait quejustesi elleérigeait à Chambéry,berceau d'Emmanuel-Philibert, non plus l’effigie du soldatheureux, mais l’image du prince honnête homme.