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Tome deuxième.
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de l’Europe était tel que pouvait le souhaiterun prince ambitieux. En Angleterre, Elisabethfait abus de despotisme ; en Allemagne, Ro-dolphe II n’a que des vertus; en Espagne,le duc d’Albe prépare la conquête du Portu-gal; en France, le duc d’Anjou s’illusionnecelle des Flandres ; partout, l’intolérance et laterreur passionnent les esprits ou courbentles multitudes. Charles-Emmanuel, roi des Al-pes, avait dix-huit ans, des ministres éprouvés,

le plus ardent. Il se moquait des démonstrations exagérées depolitesse qu’on imitait des Espagnols, et, quand il affirmait unechose, il ajoutait en souriant : parola di cavalière e nondi cor-tegiano. Violent et obstiné dans sa jeunesse, à ce point que sessoldats l’avaient appelé scianca ferra, brise-fer, il était devenupatient et doux par le sentiment de sa responsabilité vis-à-visd’un peuple dont il était l’exemple. La justice sommaire qu’ilavait dû faire, de sa main, en 155-1, sur le comte de Waldeck,général des reîtres.lui laissa un remords tel qu’il n'appliqua lapeine de mort, cette peine irréparable, disait-il, que lorsqueson Conseil lui en imposait la nécessité au nom du salut public.

11 y avait deux hommes en lui: le gentilhomme chevaleres-que qui, à treize ans, suppliait Charles-Quint de l’admettrecomme volontaire dans son armée d’Afrique; qui, à dix-huit,saris autre armure qu’un pourpoint de velours, chargeait lescavaliers de l'Electeur de Saxe ; qui, à vingt-neuf, commandaitl’attaque de Saint-Quentin contre l’avis de tous ses capitaines ;et. le prince législateur qui sut, à trente-deux ans, ordonnerde nouveau sa vie en même temps qu’il formait son peuple àd’autres mœurs. Dans ce XVI e siècle, où l’esprit le moinsromanesque sacrifiait aux féeries, Emmanuel-Philibert eut,comme tous les princes, ses emblèmes et ses médailles. EnFrance, le croissant d’argent de Diane remplaçait la salamandredu roi François, puis faisait place aux devises italiennes àdouble sens. En Savoie, il y eut do la gravité jusque dans lesjeux d’esprit; trois médailles marquent trois époques dans lavie du prince, autant d’étapes dans les progrès de son peuple.Chacune de ses devises est une révélation de sa pensée. En1553, une main tenant l’épée nue : spoliatis arma supersunt;en 1560, des faisceaux d’armes recouverts : conduntur nonretunduntur ; en 1574, une tulipe : perficior ; ce fut le derniermot de sa vie; on ne se console des doffieurs de ce mondequ’en se rapprochant de Dieu.