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Tome deuxième.
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1580

une brillante armée, des ambassadeurs pleinsde ressources; mais un orgueil insensé lui dé-vorait le cœur 1 . Cinquante ans de règne vontuser son audace, épuiser ses calculs, ruinerson peuple, sans lui offrir d’autres occasionsque de douteuses aventures et pas un succès.

Lyobard, Milliet, Chabod , confidents despensées d’Emmanuel-Philibert, avaient dirigéles actes du Conseil à l’étranger pendant lessix années qui s’écoulèrent entre la mort dela duchesse Marguerite et celle de son époux.La présence du maître suffisait à retenir lesimpatiences; dès qu’il fut mort, il sembla qu’unfrein s’était brisé. Les sages cédèrent la placeà des présomptueux, et, dès le mois de sep-tembre 1580, la politique de neutralité futabandonnée pour les déceptions de la con-quête. C’est ici que se marque le vice des gou-vernements où tout repose sur le génie d’unhomme ; à l’esprit organisateur et perspicaced’Emmanuel-Philibert succède le caprice d’unjeune étourdi, et la Savoie retombe de la pros-périté dans les désastres.

Le premier acte de Charles-Emmanuel futde rompre avec Genève. L’Espagne, dont leprestige était immense, tremblait pourtant quequelque événement inattendu ne vînt traver-

• C’est dans les particularités de notre première éducationqu’il faut rechercher le germe de nos penchants, la racine denos passions. Le jeune duc eut pour maître le sagace Pancirolo,le doux et savant Delbène, à qui P«onsard dédia sa Poétique, lesévère André I’rovana; mais JVosIradamus avait jonché sonberceau de rimes prophétiques et prédit au royal héritier deSavoie, né comme Annibal et César sous le signe du Sagittaire,une éclatante fortune et des moissons de lauriers. La sollici-tude de sa mère ne put le défendre de ces vils flatteurs qmDieu suscite pour perdre les rois.