INTRODUCTION
11 arrive enfin au ministère, à quarante-sept ans,préparé par toute une vie de réflexion, d’étude etde pratique administrative. Il est prêt à réaliser lesréformes les plus larges et les plus fécondes.
11 rétablit la liberté du commerce des grains etsoulève par cette mesure, pourtant si justifiée, lescolères populaires. Il vient à bout — bien des genss’en étonnent — de la guerre des farines, et couronneson œuvre par la proclamation de la liberté du tra-vail. L’abolition des jurandes et des maîtrises a étéle grand acte de sa vie et comme son testament éco-nomique.
On a conservé ses mémoires au roi, ses notes,les arrêts du Conseil qu’il a rédigés, les préambulesqu’il a mis en tête de ses édits pendant son minis-tère. On connaît dans les moindres détails tout cequ’il a pensé, écrit et fait pendant une administra-tion de vingt mois, très courte, comme on le voit,mais la plus admirable et la plus remplie qu’onpuisse imaginer'. Il succombe, après avoir luttévigoureusement, vaincu par la coalition des intérêtset des préjugés, ou, comme dit Voltaire, des finan-ciers, des talons rouges et des bonnets carrés, etceux qui ont parlé de lui discutent à perte de vuesur les causes de son insuccès.
On attribue sa chute à ce qu’il a trop entreprisà la fois, à ce que son caractère manquait de sou-plesse et à ce qu’il était animé par un esprit desecte. On recherche quelles sont les qualités del’homme d’Etat qui lui ont manqué pour réussir.