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INTRODUCTION
Ses biographes le suivent dans sa retraite pourle mieux comprendre; ils le voient occupé d’expé-riences scientifiques, reprenant les travaux de pro-sodie qui l’ont intéressé dès sa première jeunesse.
Il meurt enfin, à cinquante-quatre ans, de la gouttequi n’avait cessé de le tourmenter depuis plus devingt ans et qui lui faisait répondre à Malesherbeslui reprochant de trop se presser : « Que voulez-vous! les besoins du peuple sont immenses, et dansma famille on meurt de la goutte à cinquante ans. »
Pour tous ceux qui nous ont raconté sa vie, quiont réuni avec un soin pieux ses moindres paroleset les moindres écrits sortis de sa plume, Turgot estun grand esprit, un des plus grands esprits duxvm' siècle, le plus grand peut-être après Montes-quieu; mais tous, ils le considèrent comme un réfor-mateur malheureux qui est mort à la peine, sous lescoups d’adversaires moins forts, il est vrai, maissûrement plus avisés que lui, d’hommes peu sou-cieux, sans doute, de connaître et d’appliquer lesgrandes vérités de l’ordre économique, mais admi-rablement dressés à faire jouer à leur profit tous lesressorts de l’intrigue des cours.
Il y a, on ne peut se le dissimuler, un cri quiéchappe à ceux-là même qui ont le plus constam-ment vécu auprès de lui, qui n’ont jamais cessé del’aimer ni de l’admirer. Tous disent, répètent, écri-vent : Turgot n’avait pas les qualités qui assurentla victoire.
Je voudrais tirer de sa vie et de son œuvre une