SA FAMILLE - SON ENFANCE - SON ÉDUCATION 21
cessifs de l’esprit humain. C’est un tableau de l’his-toire universelle, écrit avec un grand talent, plein deréflexions étonnamment mûries pour un homme deson âge, empreint d’idées très libérales d’où ressortà chaque ligne un sentiment extrêmement vif de laperfectibilité humaine. On y lit, à propos des coloniesantiques, cette phrase souvent citée qui est antérieured’un quart de siècle à la déclaration d’indépendancedes Etats-Unis :
« Les colonies sont comme des fruits qui netiennent à l’arbre que jusqu’à leur maturité. Deve-nues suffisantes à elles-mêmes, elles firent ce que fit,depuis, Carthage, ce que fera un jour l’Amérique. »
Il s’occupait beaucoup, à cette époque, de traduc-tions latines et pensait qu’on pourrait, avec avan-tage, pour mieux imiter les anciens, employer dansnotre langue quelques-unes des règles de la versifi-cation grecque ou latine. Il aurait voulu que dans lapoésie française on se 'servît alternativement desyllabes longues et brèves, afin de produire sur lesoreilles délicates et exercées un effet analogue àcelui de la mélodie antique. La recherche de cettenouvelle prosodie fut une des distractions les plusconstantes de Turgot. Il y est revenu toutes les foisque ses occupations lui en ont laissé le temps, et il atraduit en vers métriques hexamètres français nonrimés le quatrième livre tout entier de VEnéide.
Il prenait, pour écrire ses vers, le nom supposéd’abbé de Laage, et c’est sous ce pseudonyme qu’illes envoyait à Voltaire en lui demandant son avis.