TURGOT
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des pouvoirs » ou « l’équilibre des forces » et autrescombinaisons imaginées en vue de tempérer le pou-voir du chef de l’État. Il craignait que les obstaclesqu’on voulait opposer au mal ne devinssent desentraves au bien. Il voulait que le Prince pût exercer,pour protéger la liberté des individus, ce qu’on aappelé de nos jours, en abusant souvent du nom etde la chose, les droits de l’État. Il ne confondait pascependant les droits de l’État ou du Prince avec ceuxque certains philosophes prétendaient appartenir àla société. « On s’est beaucoup trop accoutumé dansles gouvernements, disait-il, à immoler toujours lebonheur des particuliers à des prétendus droits dela société. On oublie que la société est faite pourles particuliers. » Il considérait toute autorité quis’étend au delà du nécessaire comme une tyrannie;mais il n’eut jamais une idée très claire de ce quenous désignons aujourd’hui par le nom de garan-ties politiques. Il croyait trop aisément que les attri-butions consultatives de certaines assemblées locales,et la publicité étendue donnée à leurs délibérationssous forme de vœux, pouvaient tenir lieu des libertéspolitiques et suffisaient à garantir les droits descitoyens.
Par D’Alembert, Turgot entra à l’Encyclopédie etlit la connaissance personnelle de Voltaire. C’esten 1760 qu’il accomplit le pèlerinage des Délices.« Vous aurez bientôt, écrit D’Alembert à Voltaire,une autre visite, dont je vous préviens : c’est celle deM. Turgot, plein de philosophie, de lumières, de