MACISTIÎAT
PHILOSOPHE - ÉCRIVAIN
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connaissances et fort de mes amis, qui veut allervous voir en bonne fortune. Je dis en bonne fortune,car, propter metum judæorum, il ne faut pas qu’il s’envante trop, ni vous non plus. »
Voltaire répondit à D’Alembert, après avoir reçula visite de Turgot : « Je suis encore tout plein deM. Turgot. Je ne savais pas qu’il eût fait l’articleExistence; je n’ai guère vu d’homme plus aimableni plus instruit, et, ce qui est rare chez les métaphy-siciens, il a le goût le plus fin et le plus sûr. »
Quoique Turgot ait été tout à fait séduit par Vol-taire, sa passion n’était pourtant pas aveugle et ellesubit quelques éclipses : d’abord quand Voltaireprit pour de la prose les vers métriques de l’abbéde Laage; plus tard, aussi, quand le patriarche deFerney lit paraître sa spirituelle diatribe contrel’impôt unique sous le titre de l’Homme aux qua-rante écus. Du côté de Voltaire, il y eut plus deconstance; il ressentit la destitution de Turgot en1776 comme un malheur personnel. « Je ne voisplus que la mort devant moi, écrit-il à La Harpe,depuis que M. Turgot est hors de sa place. Je neconçois pas comment on a pu le renvoyer. Ce coupde foudre m’est tombé sur la cervelle et sur lecœur. »
Deux ans après, en 1778, quand il vint à Paris,où il fut reçu comme un triomphateur, il voulut voirTurgot.
« Nous avons été témoins en 1778, dit Condorcet,de l’enthousiasme mêlé d’une vénération tendre et