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TURGOT
fallait laisser aux hommes réunis en société et con-stitués en nations, d’abord la liberté de produire,ensuite la liberté d’acheter, de vendre et de trans-porter les produits de la culture, de l’industrie et ducommerce; enfin la liberté d’accumuler des capitaux,de les faire circuler, de les prêter, de les employerau développement de la richesse générale. C’est lapremière et la plus haute des vérités qu’on leurdoit.
Une autre vérité qu’ils ont enseignée au monde,c’est que les impôts sont soumis à une loi naturelled’incidence. L’Etat peut forcer une classe de citoyensà payer des impôts, mais il ne peut pas empêcherceux qui ont fourni les espèces, de s’en faire rem-bourser par d’autres si la loi économique naturellele permet ou le prescrit.
Les physiocrates ont établi victorieusement queles contribuables ne sont, dans bien des cas, que desintermédiaires, dont la fonction est de payer lesimpôts pour ceux qui doivent les acquitter en der-nière analyse, faisant ainsi de leurs deniers, auxvéritables débiteurs de l’Etat, des avances recou-vrables, dans un délai plus ou moins long, avecplus ou moins de difficultés.
Ils ont conclu de cette observation que leshommes qui ne possèdent que leurs bras, et dontle travail seul assure la subsistance, ne doivent pasêtre frappés de ces sortes d’impôts qui, par leurnature, se répercutent, car on obligerait les pau-vres, si on les forçait de payer dans ces conditions,