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TÜUGOT
vail alimenté par les anciennes accumulations decapitaux, n’aurait aucun droit de demander à sesnationaux les moyens de subvenir aux dépensespubliques. Il est pourtant impossible de nier qu’unpeuple, à quelque degré de richesse qu’il soit par-venu, ou à quelque degré de pauvreté qu’il ait étéréduit, ne soit toujours obligé de pourvoir en com-mun à certains services généraux et de transformer,quoi qu’il arrive, quelques-unes de ses dépenses pri-vées en dépenses publiques.
La vérité est que l’impôt doit être, pour tout lemonde, une augmentation d’effort ou une diminu-tion de jouissance, et que l’épargne annuelle dupays, si elle peut concourir à la dépense, ne doit pasfaire le fond unique, ni même le fond principal desressources budgétaires.
Une seconde erreur vient s’ajouter à la première.Non seulement Turgot croit que le Trésor ne peutêtre alimenté que par le produit net de la nation,mais il estime qu’il n’y a, dans la nation, d’autreproduit net que celui des propriétaires; d’où il con-clut que les capitalistes, les industriels et les com-merçants doivent être exonérés de tout impôt, leurpart dans les contributions publiques étant payéepar les propriétaires, et ceux-ci s’en faisant rem-bourser en leur vendant plus cher tout ce qui faitl’objet de leur commerce ou de leur industrie. Dansune lettre datée de 1766 et conservée aux archivesde Lantheuil, David Hume, écrivant à Turgot, réfuteavec beaucoup de force, après l’avoir exposée avec