TURGOT MINISTRE
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se souviendra que c’est à elle, personnellement, àl’honnête homme, à l’homme juste et bon plutôt qu’auroi que je m’abandonne. »
II. est évident que Turgot craignait l’influence dela reine. J’ai lu la minute même de ce programme.Après avoir écrit ces mots : « contre la générositéde Votre Majesté », Turgot avait déjà tracé les mots« et de la » quand il s’est arrêté et a recouvert le« de la » par « des personnes », etc.
Le lendemain Turgot se mettait à l’œuvre. Nommécontrôleur général le 24 août 1774, il devait êtrerenvoyé le 12 mai 1770, au bout de vingt mois etdix-liuit jours. Sur ces vingt mois il n’a joui d’unebonne santé que pendant treize, et il a souffert de lagoutte pendant les sept autres; mais la maladie n’apas eu de prise sur son travail, et l’on peut affirmerque, pendant tout le temps qu’il a exercé les fonctionsde contrôleur général, il n’a jamais cessé de pour-suivre un seul instant l’exécution franche et honnêtede ce que nous pouvons appeler son programme,pour employer une expression moderne, c’est-à-direle rétablissement des finances, la lutte contre lesabus, la destruction des privilèges, la délivrancedu travail, du commerce et de l’industrie étoufféspar les règlements et les monopoles, cherchant àréaliser ainsi sans violence, quinze ans avant larévolution de 1789, toutes les réformes conquisesplus tard, au prix de tant d’elforts et de souffrances,dans l’ordre civil et économique.
11 était implacable pour les personnes qui défen-