LE LIT DE JUSTICE
155
les biens-fonds, porte un préjudice essentiel auxpropriétés des pauvres comme, des riches, et donneune nouvelle atteinte à la franchise naturelle de lanoblesse et du clergé, dont les distinctions et lesdroits tiennent à la constitution de la monarchie. »
Passant ensuite à l’édit sur la suppression desjurandes, il déclare que « cet édit rompt au mêmeinstant tous les liens de l’ordre établi pour les pro-fessions de commerçants et d’artisans. Il laisse sansrègle et sans frein une jeunesse turbulente et licen-cieuse qui, contenue à peine, par la police publique,par la discipline intérieure des communautés et parl’autorité domestique des maîtres sur leurs com-pagnons, est capable de se porter à toutes sortesd’excès. »
Le garde des sceaux lit ensuite donner lecture del’édit sur les corvées et dit aux gens du roi qu’ilspouvaient parler. Séguier prononça alors un premierdiscours, dans lequel il reproduisit tous les argu-ments que Miroménil avait développés dans ses obser-vations non publiques, et il termina en proposantd’employer pendant la paix les soldats à l’entretiendes routes.
Après ce réquisitoire, auquel il ne fut rien ré-pondu, le garde des sceaux prit les ordres du roiavant d’aller pour la forme « aux opinions » en com-mençant par les princes du sang; puis, après êtreremonté auprès du roi et être ensuite redescendu àsa place, assis et couvert il prononça ces paroles :« Le roi étant en son lit de justice a ordonné et