DISGRACE DE TÜRGOT
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année, la retraite de M. de Malesherbes, la réunionplus décidée de tous les partis contre moi, mon iso-lement absolu, l’inimitié assez connue de M. de Miro-ménil et son influence sur M, de Maurepas, toutpersuade que je ne tiens qu’à un fil. Il faut le rompreet ourdir secrètement une nouvelle trame qui ramènesur la scène une ancienne affaire oubliée qui donneHeu à publier des mémoires diffamants, d’abord ensimples manuscrits, sauf à les faire imprimer parla suite; qui consume mon temps à défendre monfrère ou moi-même, et qui au moins annonce mondiscrédit : voilà, Sire, pourquoi la conduite de M. deSartine en 1776 est si différente de la conduite deM. de Sartine en 1775. »
L’autre lettre, celle dont l’abbé de Very a eu lacopie, portait également la date du 30 avril 1776. Lecaractère en est si singulier, elle jette un jour si nou-veau sur les relations personnelles de Turgot avecle roi, qu’elle mérite d’être soigneusement méditée.
« Sire, je ne veux point dissimuler à Votre Majestéla plaie profonde qu’a faite à mon cœur le cruelsilence qu’elle a gardé avec moi, dimanche dernier,après ce que je lui avais marqué avec un si granddétail dans mes lettres précédentes sur ma position,sur la sienne, sur le danger que courent son auto-rité et la gloire de son règne, sur l’impossibilitéoù je me verrai de la servir si elle ne me don-nait du secours. Votre Majesté n’a pas daigné me
répondre J’ai bravé la liaine de tous ceux qui
gagnent à quelques abus. Tant que j’avais l'espérance