DISGRACE DE TUliGOT
171
liés avec les cabales de la cour, qu’ils ne l’étaienten 1770 après vingt ans d’entreprises et de succès.Les esprits sont mille fois plus échauffés sur toutessortes de matières, et votre ministère est presqueaussi divisé et plus faible que celui de votre prédé-cesseur. Songez, Sire, que, suivant le cours de lanature, vous avez cinquante ans à régner, et pensezau progrès que peut faire un désordre qui en vingtans est parvenu au point où nous l’avons vu. Oh!Sire, n’attendez pas qu’une pareille expérience voussoit venue et sachez profiter de celle d’autrui.
« Sire, je dois à M. de Maurepas la place queVotre Majesté m’a confiée ; jamais je ne l’oublierai;jamais je ne manquerai aux égards que je lui dois,mais je dois mille fois davantage à l’Etat et à VotreMajesté. Je ne pourrais sans crime sacrifier lesintérêts de l’un et de l’autre. Il m’en coûte horrible-ment pour vous dire que M. de Maurepas est vrai-ment coupable s’il vous propose M. Amelot (pourremplacer Malesherbes), ou du moins que sa fai-blesse vous serait aussi funeste qu’un crime volon-taire....
« Quoi qu’il en soit, Sire, il m’est si démontré queje ne pourrai pas rester seul et isolé, comme je lesuis, que quand mon devoir ne m’obligerait pas àvous dire toute la vérité, je ne pourrais avoir aucunintérêt à vous la taire. Si je vous déplais en vous ladisant, je supplie Votre Majesté de me le dire oude me l’écrire. Je ne veux point altérer votre con-fiance en M. de Maurepas; il la mérite à beaucoup