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TURGOT
d’égards, par son expérience, par ses lumières, parsa grande habitude des affaires, par sa prodigieusemémoire, par son amabilité, par son attachementréel au bien et à votre personne.
« Mais, Sire, en êtes-vous à savoir à quel pointM. de Maurepas est faible de caractère, à quel pointil est dominé par les idées de ceux qui le voient.Tout le monde sait que Mme de Maurepas, qui ainfiniment moins d’esprit, mais beaucoup plus decaractère, lui inspire habituellement toutes ses vo-lontés. Les opinions publiques font aussi sur luiune impression incroyable pour un homme d’esprit,qui, avec ses lumières, doit avoir une opinion parlui-même. Je l’ai vu changer dix fois d’idées sur lelit de justice, suivant qu’il voyait ou M. le gardedes sceaux, ou M. Albert, lieutenant de police, oumoi. C’est cette malheureuse incertitude, dont leParlement était fidèlement instruit, qui a tant pro-longé la résistance de ce corps. Si l’abbé de Veryn’avait pas contribué à fortifier son ami, je ne seraispoint étonné qu’il eût tout abandonné et conseilléà Votre Majesté de céder au Parlement. C’est cettefaiblesse qui lui fait adopter avec tant de facilité lescris des gens de la cour contre moi; c’est elle quim’ôte presque toute force dans mon département_
« N’oubliez jamais, Sire, que c’est la faiblesse quia mis la tête de Charles I er sur un billot; c’est lafaiblesse qui a rendu Charles IX cruel; c’est ellequi a formé la ligue sous Henri III, qui a fait deLouis XIII, qui fait aujourd'hui du roi de Portugal,