MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE. 109
son serviteur 1 . Et quant il fut vesve de la fille d’Arra-ghon 2 , il espousa ceste dame du vivant de son mary,soubz umbre d’une faulse dispense ou autrement ; et,sans avoir reghart au saint sacrement de mariaige, àla doute de Dieu, ne à la honte du monde, il la fist safemme et la maintint pour Royne de Portugal. Et cetrès deshonneste point esclandit de plus en plus samauvaise vie et fortifia la hayne que son peuple avoitcontre luy. Et celle deshonneste vie maintint tant qu’ilvescut. Mais, après sa mort, les Estas de Portugal nevolurent souffrir que les enffans venus de tel adultéréeussent aucune part au royaume, et dechasserent cellelignie toute hors du pays. Et le Roy d’Espaigne sevolut faire Roy de Portugal à cause de sa femme, fillelégitimé dudit Roy Ferand ; et oit grant assistence desnobles du royaume. Mais la pluspart ne volurent souf-frir que celle dame heritast à la seignourie, et [en]bailloient trois raisons : la première, que fille ne doitpoint heriter à sy noble royaume ; la seconde, qu’ilzne vouloient point estre subjects de Castille, et latierce que la fille d’un mauvaix Roy, tel que son pere,portoit jugement de 3 mal adventure. Et, pour abre-gier, eslurent Jehan, bastart du Roy dom Pietre etfrere bastart du Roy Ferand, à leur Roy et à leurseigneur. Celluy Jehan de Portugal est celluy dont j’ayparlé cy dessus. Et fut mis en sa jeunesse chevalierde la religion de Avys ou royaume de Portugal, et futmaistre de la religion. Et est une religion 4 fondée
1. Léonore Tellez.
2. Voy. la note 5 de la p. 107.
3. « De sa. »
A. « Et fut maistre de la religion fondée par... »