12$ MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
clastre, mere de vostre ayeulle, en donnant entendrecomment le bon duc Phelippe espousa madame Ysabelde Portugal, et d’où vint le duc Charles, vostre grantpere, que l’on nomme Charles le Traveillant; et, com-bien qu’ilz eurent d’aultres enffans, toutesfois le ducCharles demoura leur seul heritier, et seigneur de toutesces belles seignouries dont j’ay par cy devant parlé aucommencement de ce présent volume 1 2 .
Ce duc Charles se trouva, du vivant de son pere et 'mere, homme fait, saige et de grant entendement,puissant de corps et d’amys, aimez et quis* de sessubjectz. Il estoit puissant jousteur, puissant archieret puissant joueur de barres. Il estoit pompeux d’abil-lemens et [curieux] d’estre accompaigniez, et tenoitgrant estât et grant noblesse en sa maison. Il aimoit lachasse sur toutes choses et voulentiers combatoit lesengler et en tua plusieurs. Il aimoit le vol du herron.
Il aimoit la musicque, combien qu’il eust mauvaisevoix, mais toutesfois il avoit l’art, et fist le chant deplusieurs chanssons bien faictes et bien notées. Il estoitlarge et donnoit voulentiers, et vouloit sçavoir où età qui. Tout jeune, il volut congnoistre ses affaires. Ilservoit Dieu et fut grant aulmosnier. Il aimoit la guerre.
Il n’eut point volut ne souffert estre foullé de ses voi-sins. Et pourra l’on dire cy après que je le loue beau-coup en mes escrips, pour ce que c’estoit mon maistre.Et à ce je respons que je diz vérité et que tel l’ay con-gneu. Car vices apparans de luy ne vindrent oncquesà ma congnoissance, et, se faulte y a 3 que jecohgnoisse,
1. « Escript. »
2. Chéri, du mot espagnol querido.
3. « Qu’il fale que. »