264 MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
et pour icelle somme donna au dessusdit duc deSavoye et à ses successeurs, ou cas qu’il mourust sanshoirs légitimés de son corps, la duchié de Millan ; etest la querelle que encores ont les duez de Savoye surla duchié de Milan. Cestuy Félix vesquit avec Françoiset Bourguignons, et si saigement se gouverna au tempsdes divisions de France, que son pays de Savoye estoit leplus riche, le plus seur et le plus plantureux de tous sesvoisins. Trois filles de Roy furent pour un jour seansàsatable, dont il avoit alié ses enffans par mariaige 1 . Luyvesve, print l’estât de religion, et fut appelé, invoqué etesleu pour la plus digne, plus grande et première per-sonne de chrestienté ; dont, comme dit est, luy congnois-sant son emprise non venir à effect, trouva les moyensque la pluspart des princes chrestiens se meslerent del’appoinctement des deux nommez Papes et du con-cilie ; et fut conclud, tenu et accepté que Pape Eugènedemoureroit en sa dignité juste et canonicque, et queFélix demoureroit légat en toute puissance papale, entoute la duchié de Savoye et la principaulté de Pie-mond; et conferma Pape Ëugene toutes les chosesfaictes par ledit Félix du temps devant. Et ainsi fut
i. Erreur assez étrange d’Oliyier de la Marche. Dans les termesdont il se sert, cette qualification de fille de roi ne peut s’appli-quer rigoureusement qu’à Anne, fille de Janus, roi de Chypre,mariée en i 433 à Louis de Savoie, deuxième fils d’Amédée VIIIet son successeur en 1451. Les autres fils d’Amédée moururenttous jeunes et sans alliance. Il est vrai qu’une de ses filles, Mar-guerite, épousa en premières noces Louis d'Anjou, roi de Sicile,de Naples et de Jérusalem, et qu’il avait fait épouser à son petit-fils Amé Yolande de France, fille de Charles VII, par contrat du16 août 1436. V. ce contrat ms. Bibl. nat., fonds franç. n" 2746,fol. 97. Mais le mariage ne fut consommé qu’après sa mort,en 1452.