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Tome premier.
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301
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MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE. 301

oster la visiere de son bacinet, tellement qu’il avoittout le visaige descouvert, et mectoit sa teste hors deson b'acinet comme par une fenestre. Et d’aultre partsaillit le seigneur de Charny, vestu de sa cotte d’armes,bacinet en teste, la visiere close ; mais incontinent qu’ilapperceut sa partie sans visiere, tout froidement illeva la sienne, et la recula tout derrière son bacinet,et tellement qu’il avoit le visaige tout descouvert. Lesdeux chevaliers se saignirent de leurs bannerolles,et puis prindrent les haches, et marchèrent l’ungcontre l’aultre moult vigoureusement. L’Espaignolestoit moyen homme, de forte et grosse taille, ettenoit sa hache le maillet devant son visaige, un granttour loing de la main, par maniéré de garde ; et leseigneur de Charny estoit grant et puissant chevalier,et l’un des renommez de son temps, et tenoit sa hacheprès de luy, le bout d’embas liaulcé et amesuré pourdeffendre et pour assaillir ; et à l’aborder, l’Espaignolferit le seigneur de Charny sur la main dextre, ten-dant à luy faire perdre la hache, mais non fit, carledit de Charny rabatit de la quehue, et d’une marcherua le bout dessous, après le pied de son compaignon.Le chevalier desmarcha moult asseurement, car pardeux fois entresuivans le quist le seigneur dé Charnyau pied. Fierement se requirent les chevaliers, etsoubstenoient et l’ung et l’aultre de grans coups surleurs haches ; fut attaint le seigneur de Charny sur legrand gardebras senestre, et ledit seigneur de Charnydonna ung cop, de la dague d’ambas de sa hache, rezà rez du bort et du visaige dudit messire Pietre. Etainsi se queroient les deux chevaliers chevalleureuse-ment, et tant chaudierent leur bataille que les quinze