PREFACE.
XXV
depuis le xv” siècle cette couronne, qui reste élective en principe,deviendra, en fait, héréditaire dans la maison autrichienne. C’estlà encore un des éléments de la fortune future des Habsbourgs.Ils ne sont, à la fin du moyen âge, que de pauvres princes, maisils sont tout près de devenir les premiers princes du monde.
Le berceau de la Prusse, c’est la marche de Brandebourg,entre l’Elbe et l’Oder, dans la région des Slaves exterminés : pau-vre pays exposé en plaine, elle s’est armée de bonne heure pourla lutte, et, acquérant par l’effort continu le droit de vivre,elle a survécu déjà à bien des catastrophes quand elle devient, aucommencement du xv” siècle, la propriété des Hoîienzollern. LeBrandebourg était dans l'alternative de s’accroître toujours ou demourir : il s’accrut dans la direction de la mer, au détriment duMecklembourg et de la Poméranie; dans la direction de la mon-tagne, à travers la Lusace et la Silésie. Il était le grand championallemand du nord-est, l’allié des Teutoniques, avec lesquels ilvoulut un jour — c’était à la fin du xiv” siècle — partager laPologne. Quand les Teutoniques furent vaincus par la Pologne, ilsauva du moins le territoire de la Nouvelle-Marche, qui s’allongeaitsur la rive droite de l'Oder, dans la direction de la Yistule. Ceciencore est un indice et un présage : le temps n’est pas éloignéoù un Ilohenzollern sera duc de Prusse ; alors la famille posséderale second berceau de la monarchie prussienne.
XIV. La zone intermédiaire entre Allemagne et France. —A ce progrès énorme de l’Allemagne du côté de l’Orient s’oppose,comme un contraste absolu, le recul du côté de l’Occident. Ily avait là, entre l’Allemagne et la France, une zone dont l’histoireest très singulière.
Quand les trois fils de Louis le Débonnaire se partagèrent l’Em-pire au ix e siècle, on trouva tout naturel (car les hommes de cetemps n’avaient pas le sentiment de la réalité des choses et sui-vaient aveuglément les idées qui possédaient leur esprit) dedonner à l’empereur Lothaire Rome et Aix-la-Chapelle, les deuxcapitales impériales. Lothaire eut donc l’Italie, et une longuebande de territoire entre l’Escaut, la Meuse et le Rhône, d’une part,le Rhin et les Alpes de l’autre. Ainsi fut placé entre la futureFrance et la future Allemagne un champ-clos qui a vu déjà, quiverra encore bien des batailles. Comme l’Allemagne fut d’abordbeaucoup plus forte que la France, elle domina toute cette région;