PRÉFACE.
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( politique raisonnée des Capétiens, car ils employèrent toutessortes de moyens à la lois. Pendant plus de trois siècles ils eurentdes enfants mâles, et la dynastie eut cette première vertu qu’elledura. Comme il arrive toujours, du fait sortit le droit, et de cehasard heureux naquit la légitimité qui fut une grande force. Ceroi avait d’ailleurs tout un arsenal de droits : vieux droits de laroyauté carolingienne où persistait le souvenir du pouvoir im-périal que l’étude des lois romaines allait bientôt raviver, au pointde faire de ces revenants des contemporains redoutables; vieuxdroits, conférés par le sacre, impossibles à définir et d’autant plusconsidérables ; droits de suzeraineté plus nouveaux et plus réels,qui allaient être précisés et codifiés à mesure que la féodalité s’or-ganiserait, et qui ne tendaient à rien moins qu’à faire du roi lepropriétaire de la France. Voilà ce qu’apportait la royauté capé-tienne au jeu des circonstances. Elle y fut heureuse. Elle profitades misères de l’Église, qui partout, d’une extrémité à l’autredu royaume, réclamait sa protection. Elle profita des efforts quefaisait le tiers ordre pour être admis avec des droits réglés dansla société féodale : le roi, chef de cette société, fut le protecteurnaturel des nouveaux venus. Elle fit ainsi, hors de ses domaines,des actes d’autorité. Elle fît mieux : le roi réunit à la couronne depetites principautés comme les comtés d’Amiens, de Vermandois,de Valois; il prit, par autorité de justice et par force, la Nor-mandie, l’Anjou, le Maine, la Touraine, le Poitou : cette conquêteque rendit facile la méchante imbécillité de Jean d’Angleterreassurait la fortune de la royauté capétienne. Dès lors, de toutes. parts, arrive l’eau à la rivière. Quand l’Église et la chevalerie duNord écrasent dans la guerre des Albigeois une grande dynastieféodale, et détruisent une civilisation particulière, la royautéacquiert le Languedoc. Quand Philippe le Bel a, par mariage, réunila Champagne, le domaine du roi de France touche à la frontièreimpériale, comme à la Méditerranée, comme à l’Océan.
La grande crise de la guerre de Cent ans suspend le progrès,puis lui donne un nouvel élan. Quand elle est finie, l’Aquitaine est| pour toujours française, et la frontière portée aux Pyrénées. Puis| la guerre a ruiné les communes et fauché la chevalerie; elle ajj permis au roi, défenseur du royaume, d’édicter des mesures
| générales, de se donner une armée, des finances, et d’ébaucher
I une administration. Elle a provoqué l’éclosion du sentiment na-