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PRÉFACE
tous les Pays-Bas passèrent à la maison d’Autriche par Maximi-lien, le gendre du Téméraire. Seulement les Pays-Bas, devenusle patrimoine d’une maison allemande, devaient être bientôt déta-chés de l’Empire. De ce côté, si la France n’a pas fait de grandsprogrès, l’Allemagne a reculé : l’ancienne Lotharingie est unecarrière ouverte à l’ambition de nos rois ; elle est si étrangère àl’Empire qu’ils pourront y avancer, sans que l’Allemagne ressentela douleur d’une mutilation.
XVIII. La formation de l’Espagne. — C’est une des grandesnouveautés de la période du moyen âge que cette formation d’unÉtat français qui, ayant presque achevé de constituer son terri-toire, et, réunissant dans la main d’un prince des forces consi-dérables, était prêt pour l’action au dehors. Mais en même tempsque la France, deux États nouveaux allaient paraître sur la scène :l’Espagne et l’Angleterre.
Depuis le jour où elle avait été conquise parles Sarrasins, l’Es-pagne avait été séparée de l’Europe. Elle ne devait y rentrer qu’apresavoir chassé l’Infidèle. Pour comprendre l’indifférence que lespeuples européens ont manifestée à l’égard de la Péninsule, alorsqu’ils envoyaient tant de milliers d’hommes en Terre sainte, ilfaut bien se représenter que les hommes de ce temps-là. demême qu’ils n’avaient point l’idée d’une nation, n’avaient pointl’idée d’une communauté européenne. L’Europe, au sens que lesdiplomates donneront à ce mot au xvu' siècle, n’existe pas plusque la France, au sens que nous donnons à ce mot dans les tempsmodernes. N’oublions jamais que le moyen âge, qui était capablede trouver des règles précises pour la vie quotidienne et d’orga-niser ses mille petits gouvernements de clocher, se laissait, pourtout le reste, conduire par des sentiments et des idées qui nousparaissent aujourd’hui si faux dans leur grandeur. Nous sommesportés à dire que le pape et les rois auraient mieux fait d’attaquerl’islamisme en Europe que d’aller le chercher en Asie : les papesni les rois n’y ont pas même songé. Ils ont obéi à ce sentimentqu’il n’y avait pas de lieu dont la délivrance fût plus nécessaireque celui où le Sauveur avait vécu et où il était demeuré pendanttrois jours enseveli. Ils n’envoyèrent au delà des Pyrénées quedes chevaliers isolés, et laissèrent à l’Espagne le soin de se déli-vrer elle-même.
Le combat dura plus de sept siècles. Il ne fut point mené par