XLII
PRÉFACE.
résistance religieuse, quand la Réforme fut combattue par le roicatholique. Il se forma un groupe des Provinces du nord, que lesnécessités de la lutte commune rapprochèrent les unes des autres.Elles essayèrent d’abord de se conformer aux traditions euro-péennes en se donnant un souverain; puis elles se résignèrent àn’étre que « Leurs Hautes Puissances les États des Provinces-Unies ».Quant aux pays du sud, après bien des révoltes, ils demeurèrentsujets du roi d’Espagne. A la fin du xvi* siècle, la séparation étaitaccomplie.
Dès lors, la future Hollande et la future Belgique suivirentleurs destinées distinctes : celle-ci, émiettée au sud par la France,qui aurait pu, avec une meilleure politique, se l’attacher à ja-mais, fut séparée de la monarchie espagnole, et attribuée à l’Au-triche par les traités qui réglèrent la succession d’Espagne. Ellepassa donc de la branche aînée à la branche cadette des Ilabs-bourgs, qui la possédait encore lorsque la Révolution françaiseéclata.
Les Provinces-Unies devinrent une puissance européenne etune grande puissance, car elles avaient des colonies, une marineadmirable, un grand commerce, une industrie prospère et, parconséquent, de l’argent, c’est-à-dire — le mot est vrai surtoutau xvu 0 siècle — le nerf de la politique et de la guerre. Pour con-duire la politique, elles avaient des hommes, préparés à toutesles finesses de la diplomatie par le gouvernement difficile d’un Étatqui était composé de provinces, dont chacune avait ses privilègeset n’était elle-même qu’un composé d’êtres privilégiés. D’ailleurs,le péril auquel était exposé un petit État riche et républicain,dans cette Europe pleine de monarchies superbes et faméliques,y tenait perpétuellement en éveil l’esprit politique. Pour conduirela guerre, les Provinces-Unies avaient une aristocratie militaire,à laquelle la maison d’Orange donnait des chefs. Les princesd’Orange, apparentés aux familles souveraines de l’Europe, procu-raient le droit de cité à la République parmi les monarchies,et pouvaient même, aux heures de danger, lorsqu’il fallait sur-exciter et réunir les forces nationales, transformer la Républiqueen monarchie sous la forme du stathoudérat.
Pour toutes ces raisons, et parce qu’elles étaient jeunes, et parcequ’elles avaient la vitalité de ces êtres multiples qu’elles lais-saient vivre, et parce que des passions provinciales, féodales, mu-