i PRÉFACE.
Prusse. Aux Pays-Bas, le traité qui a terminé la guerre de la suc-cession d’Espagne lui a donné les provinces demeurées espagnoles.En Italie, après les arrangements conclus avec les Bourbonsd’Espagne, elle a gardé Milan et, par le mariage de François deLorraine, duc de Toscane, avec Marie-Thérèse, elle a acquis laToscane. Mais c’est en Orient surtout qu’elle s’est agrandie : elley a gagné deux royaumes entiers, et un fragment d’un troisième.Ici l’ancienne marche d’Autriche, élevée jadis contre les Slaves etles Avares, semble avoir rempli son office originel. Mais si lafortune du margrave de l’Est, devenu empereur et roi, est plusbrillante que celle du margrave du Nord, devenu roi de Prusse,elle est moins solide.
XVI. Comparaison entre l’État des Hohenzollerns et l’em-pire des Habsbourgs. — Le roi de Prusse règne sur un grandnombre de pays, qui n’étaient pas allemands d’origine, Brande-bourg, Lusace, Silésie, Poméranie, Prusse, Pologne; mais, à l'ex-ception du dernier, il les a tous faits allemands. Partout, il a misla langue allemande, la race allemande, les mœurs allemandes.Le roi de Prusse n’est pas simplement substitué au grand maîtreen Prusse et au duc en Poméranie : il est le roi. Excepté en Po-logne, il n’a pas à craindre un réveil de nationalités anciennes : lesvieux Prussiens sont morts jusqu’au dernier ; morts les Slaves duBrandebourg et ceux de Poméranie. Des Slaves survivent en Lusaceet en Silésie ; mais, noyés comme ils sont dans la population alle-mande, iis sont un objet de curiosité, dont la politique n’a pas àtenir compte. Chose singulière, le roi de Prusse, électeur deBrandebourg, a pris pour son titre électoral le nom de Brannybor,vieille ville slave, et pour son titre royal le nom de la Prusse, payslithuanien; mais ces deux noms étrangers sont comme des dé-pouilles opimes que porte un roi allemand, en souvenir de lavictoire de la race allemande sur des races ennemies.
Il y a, au contraire, une Bohème, toute peuplée de Bohémiens ;une Hongrie, toute peuplée de Hongrois ; une Transylvanie, toutepeuplée de Roumains. Les Slaves sont vivants dans toute l’IIlyrie,vivants les Italiens dans les annexes italiennes, vivants les Polonaisen Pologne, et, quand l’esprit national, à son éveil, s’insurgeracontre les conventions qui ont enfermé en un même corps tantd’âmes diverses, l’Autriche sera singulièrement menacée. Mais,dans la période où nous sommes, ce danger n’était pas sensible :