PREFACE.
LUI
chrétienté orientale en face des Infidèles, et, en quelque sorte, lesuccesseur du César de Byzance. Un immense avenir s’ouvraitdevant lui.
XIX. La Russie moderne. — Pendant les xvi° et xvn' siècles,le combat entre Allemands, Scandinaves et Polonais dure toujourssur les rivages de la Baltique. Les Russes y interviennent plusieursfois avec une énergie qui annonce les grands efforts qu’ils ferontdans l’avenir pour atteindre cette mer; mais la Suède est danstoute sa force. Elle fait de la Baltique un lac suédois : la Pomé-ranie, sur la côte méridionale, la Finlande, l’Esthonie, la Carélie,l’Ingrie, la Livonie lui appartiennent. La Russie trouvant la routebarrée de ce côté, commence à regagner sur la Lithuanie et surla Pologne une partie du terrain qu’elle a perdu; mais c’està l’Est et au Sud qu’elle fait les plus grands progrès. La conquêtedes khanats de Kliazan et d’Astrakan porte à la Caspienne lafrontière; si les khans de Crimée interceptent toujours la merNoire, la suprématie du tsar s’étend sur les Cosaques du Don,et la conquête de la Sibérie est commencée.
Au xviii” siècle, grandit le colosse russe sur les ruines de laSuède, de la Pologne et de la Turquie. A la première, il prendLivonie, Eâthonie, Ingrie et une partie de la Carélie et de laFinlande; à la seconde, les anciennes provinces russes lithua-niennes et une grande partie du territoire polonais ; à la troi-sième, la Crimée et le pays entre le Bug et le Dniester. En mêmetemps, il entame la Perse, acquiert la Géorgie, puis le pays desKhirgiz. La Russie a désormais accès à la Baltique et à la merNoire; elle est rapprochée du cœur de l’Europe et s’étend versle cœur de l’Asie. Elle profite de cette situation unique en Europe,qui lui permet de s’accroître indéfiniment dans des contréesbarbares. Ce qu’a fait l’Allemagne au moyen âge dans l’Europeorientale, elle le fait en Asie. Son empire extra-européen est con-tigu à l’Europe et se forme par une agrégation successive, aisée,pour ainsi dire fatale, de peuples et de territoires. •
XX. Conclusions sur la période moderne. — La périodemoderne, que l’on vient d’esquisser à grands traits, a reçu de laprécédente quelques-uns de ses caractères ; elle les a effacés peuà peu.
L’idée de la communauté chrétienne, si fort affaiblie qu’ellefût à la fin du moyen âge, a persisté longtemps : elle était dans