LIV
PRÉFACE
l’esprit des réformés comme dans celui des catholiques. C’estpourquoi elle s’es.t mêlée aux conflits des ambitions royales, et aprovoqué des guerres qui rappellent les guerres de sentiments etd’idées du moyen âge. Mais la Réforme ne put détruire le catho-licisme, ni le catholicisme étouffer la réforme : la communauté■chrétienne fut brisée, et les différents Étals se distinguèrent plusnettement les uns des autres. Dans tous les pays, excepté enAllemagne et en Italie, s’acheva la concentration politique, qui■donna aux États leur physionomie propre, leurs besoins, leursintérêts, leurs ambitions, marqua les frontières, auparavant indé-cises, et donna naissance aux guerres politiques, que l’àge pré-cédent avait à peine connues.
L’àge précédent avait légué au nouveau un fait, dont les consé-quences ont pesé longtemps sur l’Europe : le désordre de la zoneintermédiaire entre Allemagne et France. D’autre part, c’est audébut des temps modernes qu’ont été conclues les unions matri-moniales qui liront l’extraordinaire puissance des Jlabsbourgs.Remarquez à ce propos l'influence que peuvent avoir sur lesdestinées de l’humanité des idées fausses et des hasards. D’neidée dont la suite a démontré la fausseté, présida au partagecarolingien du traité de Verdun : elle a créé un fait, qui a étél’origine de guerres interminables. Nous subissons aujourd'huiencore les effets de cette conception ecclésiastique et impériale,d’après laquelle les papes et Charlemagne ont essayé d’organiserle monde, il y a mille ans. Quant aux unions matrimoniales desHabsbourgs, elles ont troublé l’Europe pendant deux siècles.L’Espagne et la France se sont épuisées à combattre, l’une pour enretenir les bénéfices; l’autre pour conjurer les dangers qu’ilslui faisaient courir et rompre les obstacles qu’ils opposaient à sonaccroissement. Et tous ces efforts, ces guerres et ces négociations,où s’illustrèrent de grands princes, de grands ministres et degrands généraux, aboutirent à peu de chose près au rétablisse-ment du statu quo ante bellum. L’Espagne et l’Autriche redevin-rent des puissances distinctes; l’Espagne fut renfermée chez elle;la France demeura ce qu’elle était avec quelques additions deterritoire; les Pays-Bas, comme devant, n’appartinrent ni à l’uneni à l’autre des deux rivales. Maigre résultat, à coup sûr, et ilfaut prévoir que, dans quelques centaines d’années, a i lieud’admirer, comme nous faisons, « la grande politique moderne »,