141 —
instinct, c’est encore et tout autant un sentiment (1) ;sentiment qui découle de notre sensibilité morale, etqui tient à notre nature d’êtres sociables ; union vo-lontaire de deux âmes, d’où découle le charme de lavie intérieure et la dignité de l’espèce. Car, pour quine voit plus dans la femme que l’instrument avili dessatisfactions matérielles , il n’y a plus de famille ; etcomme le dit un écrivain moraliste de notre temps, ilne reste à la place de l’amour de choix, ou de ce sen-timent délicat qui élève l’âme et inspire le dévoue-ment, que l’amour vague qui souffre la promiscuité,et abaisse la personne morale en la mettant sous ladépendance absolue du corps.
Que mes lecteurs veulent bien me pardonner cettedigression sur un sujet dont l’importance philosophi-que et sociale ne peut échapper à personne.
Aux instincts, M. Lélut rattache les habitudes« comme aux différentes branches d’un même arbreon voit, dit-il, des fruits qui, pour provenir du mêmetronc, n’en offrent pas moins entre eux des différen-ces. » La comparaison est ingénieuse, mais est-elleaussi vraie ? J’adopterais plutôt, quant à moi, la pro-position inverse. Ce qu’il y a de semblable ou d’ana-
(*) C’est ainsi que la tendresse maternelle est à la fois un instinct,car elle ne manque à aucun animal, et la plus profonde des affections.