M ROYAUME.
29
les masses des Érules et des Ruges pour se dérober à lareligion de Byzance, et l’arianisme royal de Ravennedevient l’égide de l’insurrection catholique du patriar-che d’Occident confre Zenon. De là, le pape Simpliciusqui adopte Odoacre, et lui confère l’un des droits del’empereur d’intervenir par le préfet de Rome dansl’élection des papes ; on s’en fie à son inimitié contreByzance, à sa haine contre la domination impériale,et l’Eglise ne se trompe pas; à la mort de Simpli-cius, Odoacre assure une élection catholique contreZénon. Le nouveau pape, Félix III, lutte contre l’hé-résie d’Acacius, et menace l’empire en devenant lechef des catholiques persécutés en Orient; il réunit àRome un concile contre la suprématie de Byzance, etOdoacre le laisse faire, permettant même que le concilecondamne ses coreligionnaires, les ariens d’Afrique.Le roi arien laisse frapper sa propre religion parce queRome affranchie frappe en même temps l’empereurd’Orient. La politique du royaume est tellement séparéedes traditions sociales, que le premier roi italien paraîtdans l’histoire en défenseur des catholiques, et dans lalégende il est presque appelé en Italie par l’Eglise ; c’estsaint Séverin qui lui prédit sa grandeur future.
Le royaume d’Odoacre n’est donc ni un accident, niune simple conquête, ni un retour vers une aveugle bar-barie; il ne supprime pas le progrès de la civilisationromaine, il ne reproduit pas l’ère des anciens peuplesde l’Italie, il n’isole pas la Péninsule, et ne lui donnepas l’inimitié de tous les peuples. En séparant l’idéesociale de l’idée politique, il conserve tout le tra-vail de la république et de l’empire; il ne supprimeque l’unité de la politique impériale pour lui substi-tuer l’unité d’une politique indépendante, et l’Italie se