,4! i LA GUERRE DES INVESTITURES
la croisade, et il faut que Milan revire de nouveau pourse soustraire à la dévotion qui l’enchaîne au saint-siège.Yoilâ Liprandi qui nargue l'archevêque, le persiffle,l'engage à s’habiller décemment, et Liprandi esthomme à désespérer l’Eglise en personne. L’accusez-vous d’impiété? Il est prêtre, il vous montre sa tonsure.L’accusez-vous de schisme? Il vous montre sa figuremutilée du nez et des oreilles, par la féodalité impé-riale; le pape lui octroie des privilèges qui le rendentindépendant de l’archevêque; personne ne révoque endoute sa probité. Caustique , défiguré, intrépide, il estl’homme de la liberté de Milan. Un jour, il assiste unprêtre excommunié qui était tombé malade; l’archevê-que le suspend : « Ce que j’ai fait, dit Liprandi, a« été bien fait. » Aussitôt il accuse Grossolano d’avoiracheté sa nomination, s’offrant d’appuyer l’accusationpar l’épreuve du feu ; et il arrive nu-pieds, impassible,sardonique devant le double bûcher, long de dixbrasses, et plus haut que la stature de l’homme. Gros-solano s’efforce d’empêcher l’épreuve : il voit avecterreur que l’arme du feu, jadis tournée contre l’em-pire, se retourne contre l’Église, à son tour accuséede simonie. Il voudrait amener son adversaire à discu-ter l’accusation devant des juges. «Regardez cet homme,« dit Liprandi, et les juges qu’il propose, ce sont des dé-« mons, je m’en remets à Dieu : j’accuse Grossolano« qui est sous cette chappe, et je le déclare simoniaque«par la parole par le fait, et par l’influence.» Unami de l’archevêque le conduit jusqu’au bûcher, ens’écriant : « Va et brûle avec la malédiction de Dieu ! »Vade rétro Satana! riposte l’accusateur, et immédiate-ment la flamme se divise, se tord à droite et à gauche,s’ouvre, et Liprandi s’avance en marchantsur les char-