LA RESTAURATION PONTIFICALE ET IMPÉRIALE (1 494-1 51 '2). 167de reconstruire en Italie le royaume vassal des Carlo-vingiens, de refaire cette pâle copie de la dominationlongobarde au profit de la France, d’imiter Charle-magne ou Pépin en marche contre Pavie et Benévent?Ne renouvelait-il pas contre Venise l’antique expé-dition des Franks qui avaient envahi une partie deslagunes? Mais, sans idées supérieures, il ne représentaitque le jeune égoïsme de la France, une expansioninconstante et tracassière, une naïve avidité qui pouvaitmettre à l’épreuve les divers États, soit en les appe-lant en champ clos, soit en les attaquant par sur-prise, soit en créant des illusions'compromettantessans que ce rôle négatif et opposant lui donnât le droitde fonder un royaume à son profit sur la terre desagitations catholiques et fédérales. C’est tout au plussi cela suffisait à contraindre l’Italie de montrer cequ’elle était, et de se défendre avec la fédération desseigneurs établie en 1484 ou avec la fédération pon-tificale d’une ère antérieure. Celle des seigneurs avaitéchoué, l’épée de Charles VIII l’avait à moitié anéantie;les victoires de Louis XII l’avaient achevée sur tous lespoints; mais, loin de s’effacer, celle des pontifes s’éle-vait chaque jour avec une vitesse qui surpassait l’essorde la France de fout le carré des distances parcouruesdepuis la date néfaste de l’invasion.
Charles VIII l’avait provoquée à l’action, et la liguequi le chassait accueillait dans son sein le pape, l’empe-reur et l’Espagne ; Louis XII n’assurait sa descente qu’enpromettant au pontife de le laisser libre de faire mainbasse sur les tyrans et les seigneurs qui s’étaient mul-tipliés dans ses Étals par la force des révolutions ita-liennes, et si la France prenait la Lombardie, Alexan-dre VI des Borgia reprenait pour la première fois