A cette époque, les 110,000 hommes dont se com-posait l’armée française étaient répartis de la façonsuivante ; une avant-garde de 5,000 hommes, com-mandée par le comte de Chamilly, avait déjà pénétrédans l’évêché de Liège et était postée à Iluy, sur laMeuse; en arrière, au camp de Châtelet sur laSambre, au-dessus de Charleroi, se trouvait con-centré le gros, fort de 60,000 hommes et placé sousles ordres de Turenne (’) ; 30,000 hommes étaientréunis, sous Coudé, aux environs de Sedan, maisdevaient opérer de concert avec l’armée principale.A ces 95,000 hommes devaient se joindre ultérieure-ment les 7,000 hommes envoyés dans l’électorat deCologne sous le comte de Montai pour la protectiondes magasins et 4,000 hommes que le duc (depuismaréchal) de Luxembourg avait conduits en West-phalie, pour rallier les troupes de l’évêque deMunster; enfin, un corps de 4,000 hommes, aux
“ Monsieur », duc d'Orléans, devait donner le mot à Condé,Condé à Turenne, Turenne aux autres maréchaux. Cette supré-matie accordée à Turenne sur ses collègues était naturelle, nonseulement à cause de son .âge, de ses talents et de ses services,mais encore en raison du titre de maréchal général dont il étaitrevêtu. Cependant trois jeunes maréchaux, d’Humières, Créquiet Bellefonds, refusèrent d’obéir au grand capitaine qui (commele dit très bien Bussv-Rabutin) » leur avait appris le peu qu’ilssavaient ». Tous les trois furent aussitôt exilés dans leursterres, et le Roi leur lit savoir que s’ils voulaient reprendre duservice, ils auraient à se rendre au quartier de Turenne pour yexercer sous ses ordres, pendant quinze jours, les fonctions dolieutenant général. Cet acte de vigueur rétablit la discipline quepersonne, si liant placé qu’il fût, ne s’avisa plus d’enfreindre.
(*) Dans ce chiffre sont comptés les 6,000 Anglais envoyés parCharles II ; John Churchill, depuis duc de Mariborough, servaitcomme capitaine dans ce corps auxiliaire.