— 311
arrêtait les convois que l’on n’avait pas cru devoirfaire escorter fortement ; un autre détachement pous-sait jusqu’à Rœttingen, où il enlevait 6,000 rationsde pain : bref, en quelques jours, par suite de cespertes réitérées, les Français sé trouvaient sérieuse-ment menacés de la disette. Dans de telles conditions,Turenne pouvait difficilement se maintenir à Dunkel-hausen : après avoir tâté la position occupée par sonadversaire entre Markt-Breit et Ochsenfurt, dans« un lieu très avantageux et d’où on ne pouvait pasapprocher, même ayant affaire à une armée bien infé-rieure », il comprit qu’il ne lui restait plus qu’à serapprocher des magasins qu’il avait encore sur laTauber et recula jusqu’à Wenkheim, sur la route deTauber-Bischofsheim à Wurtzbourg (20 septembre).
Feuquières fait observer que « cet événement seulchangea la constitution de la guerre en Allemagne »,l’armée impériale ayant désormais le champ libre, etil ajoute : « On voit par cet exemple d’une faute faitepar un des plus grands capitaines que la France aiteus, de quelle conséquence il est à un général deveiller à la sûreté de ses convois de vivres. » De fait,Turenne n’avait pas montré ici sa prudence accoutu-mée, en faisant reposer la sécurité de ses communi-cations sur les dispositions au moins douteuses d’unprince étranger, et il avait, d’autre part, manqué deperspicacité en se laissant prendre aux feintes deMontecuccoli. Il ne retrouva pas non plus sa décisionordinaire au moment oii il pouvait encore réparerdans une certaine mesure l’incontestable échec moralqu’il venait de subir : Montecuccoli s’obstinant à nepas bouger de Markt-Breit, rien n’empêchait, ce