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Précis des campagnes de Turenne 1644-1675 / [H. Turenne]
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semble, le maréchal, maître d’Aschaffenburg et deSeligenstadt, de marcher sur Ilanau et de prévenirau moins l’ennemi sur le bas Main et sur la Kinzig;mais il n’en fit rien et s’attarda sur la Taubor, sansqu’on puisse s’expliquer cette inaction autrement quepar les préoccupations que lui causait l’état matérielet moral de son armée.

Ce n’était plus, en effet, les vaillants Weimariensà la tête desquels il avait parcouru l’Allemagne, dunord au sud et de l’ouest à l’est, pendant les dernièresannées de la guerre de Trente ans. Avec ces vieuxsoldats, habitués à vivre partout, il avait pu êtrearrêté par le manque de fourrages, mais il ne s’étaitjamais trouvé à ce point dépendant de ses magasins.S’il avait dû parfois composer avec la mauvaise hu-meur des hommes ou même des officiers, et tenircompte de leurs convenances, s’il avait même eu dovéritables séditions à réprimer, il n’avait jamais vuces mercenaires déserter par centaines — comme fai-saient maintenant les soldats, « nalionaux » pourtant,qui composaient la majeure partie de son armée —pour se soustraire aux fatigues et aux privationsd’une campagne un peu rude. La discipline destroupes weimaricnncs était, certes, une discipline ùpart, qui comportait de grandes tolérances; maisleurs chefs n’eussent jamais souffert qu’ils missent àsac leurs propres convois, ainsi qu’il arriva pendantle séjour de l’armée sur laTauber. « Sa Majesté seraittrès mal satisfaite, si cela arrivait plus, écrivait à cepropos Louvois au maréchal, et elle ne peut pass’imaginer qu’il y ait aucune discipline dans unearmée capable de piller ses propres magasins. »