— 319 —
son orgueil d’ordonner l’évacuation totale, il pres-crivit à Luxembourg de laisser de fortes garnisons àNimègue, Grave, Arnhem, dans les forts de Saint-André et de Sclienk, ainsi que dans les places de lafrontière westphalienne, Emmerich, Rees et Wesel,ce qui restreignait singulièrement le bénéfice que l’onpouvait se promettre de cette décision trop longtempsdifférée. Il restait d’ailleurs à savoir comment Luxem-bourg, qui avait rassemblé le reste de ses troupes(environ 15,000 hommes) à Rheinberg, au sud deWesel, pourrait les ramener jusqu’à la frontière fran-çaise en présence de l’armée alliée, très supérieure ennombre, qui venait de s’emparer de Bonn. Tout aumoins eût-il été prudent d’inviter Condé et Turenneà favoriser sa retraite en manœuvrant entre le Rhinet la Meuse avec leurs forces réunies. Mais il ne paraîtpas qu’on y ait songé; Condé demeura sur l’Escaut,et Turenne, qui avait passé la Nahe le 21 novembre,ne dépassa pas Kirchberg, dans le Hunsriick —mouvement qui avait plutôt pour objet de mieuxcouvrir Trêves que devenir en aide au duc de Luxem-bourg.
Heureusement pour celui-ci, les alliés ne surentpas tirer parti de leurs avantages. Au lieu de barrerla route de Maestricht, que le duc devait nécessaire-ment prendre pour revenir en Flandre ou en Cham-pagne, ils s’attardèrent à enlever les quelques postesque les Français avaient conservés dans le pays deJuliers; puis, le 28 novembre, ils se séparèrent : leprince d’Orange repassa la Meuse à Venloo avec lesHollandais et les Espagnols; Montecuccoli, pressé deretourner à Vienne, ramena les Impériaux et les