ARMÉE DE PARIS.
231
suite sou artillerie, ses voitures et ses diversobjets de campement : la marche était lente ettriste, l’anxiété était peinte sur tous les visages,et chacun, sans prévoir déjà ses sanglants et ter-ribles excès, songeait aux suites possibles de larévolution qui venait de naître. Quant à l’émeute,le départ subit de l’armée assurait trop la prisede possession de son pouvoir pour qu’elle tentâtde s’y opposer. Elle avait d’ailleurs d’autres soucis :ses chefs s’étaient bien vite préoccupés, dès lapremière heure, d’envahir les ministères, lesgrandes administrations de l’Etat, les palais aban-donnés, et surtout les caisses publiques. La villeavait un singulier aspect : les bataillons des quar-tiers excentriques, dévoués au Comité central,descendaient en ville et occupaient les postesprincipaux des quartiers connus pour leur dé-vouement à l’ordre, et depuis longtemps déjàqualifiés « réactionnaires ». Le gouvernementnouveau s’emparait habilement des mairies, lesremplissait d’hommes à sa dévotion, et pourdonner dès le principe à l’insurrection les appa-rences d’une révolution purement municipale, ilpréparait déjà les proclamations qui convoquaientla capitale à élire sa Commune. Ces bandes degardes nationaux parcouraient la ville en toussens, tambour en tète et dans l’attitude la plusgrotesquement triomphale et provocante. Quel-