46 HISTOIRE NATURELLE.
espece, le Gorilla Gina, exclusivement propre ä la cöte occidentale d’Afrique, et surtout au Gabon .Connue depuis dix ans ä peine par les naturalistes, cette espece est peut-etre celle que l’amiral car-thaginois Hannon a designee sous le nom de Topü.la, et Pline sous celui de Gorgona. Au commence-ment du dix-septieme siede, Andre Battell, apres un sejour force de dix-huit ans au milieu desnegres de la Guinee, dans les lieux mäme oü Ton trouve aujourd’hui ensemble le Chimpanze et leGorille, distingue clairement ces deux Mammiferes , le premier sous le nom ä’Engecho, et le secondsous celui de Pongo , qui a etä depuis rapporte ä TOrang-Outang adulte. Bosman, Noei, Peireise,Gassendi , Smith, la Brosse et quelques autres voyageurs ont probablement vu le Gorille, sans qu’onpuisse cependant Taffirmer. Buffon regarde le Pongo et TEngecho comme deux varietes constantesd’une m6me espece, et il mele leur histoire ä celle de TOrang-Outang. Depuis, et jusqu’ä ces der-nieres annees, Texistence en Afrique d’une espece de Singes anthropomorphes autre que le Chim-panze n’a ete admise par aucun des naturalistes qui se sont succede, et Tindication donnee parBodwicli en 1817, que Ton trouve au Gabon deux grandes especes de Quadrumanes, a passe ina-percue. En 1847, le Gorille fut en quelque Sorte decouvert de nouveau par le docteur Savage, quidonna, conjointement avec le docteur Jeffries Wyrnan, la description de la tete osseuse de cetanimal, description completee l’annee suivante, ainsi que-celle du Systeme dentaire, par M. Owen,d’apres les cränes qui avaient ete rapportes du Gabon par le capitaine G. Wagstoff. Depuis lors, lesdivers cabinets de l’Europe et de TAmerique ont pu se procurer des squelettes et des peaux de Go-rilles; le Museum de Paris ä lui seul a reuni, par les soins de MM. Gauthier-Laboullaye, Franquet,Penaud, Aubry-Lecomte et Gaillard, des squelettes entiers, des peaux et des parties de six individusconservees dans Talcool; les materiaux qui y sont deposes ont donne lieu dejä ä d’importants tra-vaux, qui, en y joignant les observations des Anglais et des Americains, completent Tbistoire decette interessante espece. De Blainville, le premier, a figure dans une planche supplementaire deson Osteographie le squelette du Gorille , qu’il nomme ä tort Gesilla; M. Isidore Geoffroy Saint-Hi-laire en a donne une excellente monographie ( Archives du Museum , tomeX, 1858), et Duvernoy(meme recueil, tome VIII, 1855) a publie un long memoire anatomique.
Generiquement, les Gorilles ont pour caracteres: Täte arrondie dans lejeune äge, tres-allongeeet tres-deprimee a l’äge adulte; erstes eräniennes tres-saillantes; Systeme dentaire compose de dentsen mime nombre que dans l’Homme, le Chimpanze et l’Orang-Outang : canines enormes, incisivesrangees presque en ligne droite, les trois mdchelieres inferieures allongees d'avant en arriere et ätalon; conques auriculaires petites, ayant la forme de celles de l'Homme; membres anterieurs tres-developpes, plus longs que ceux des Chimpanzes et moins que ceux des Orangs-Outangs et des Gib-bons : l'extremite atteignant, l'animal etant debout, le milieu de la jambe; mains anterieures larges,ä paume ä peu pres aussi large que longue, ä proportion presque exactement humaine, ä doigtscourts comparativement ä ceux de l'Homme et du Chimpanze ; mains posterieures allongees : lestrois doigts intermediaires, chez le male, reunis par les tegume?its jusqu'ä la seconde phalange;ongles des quatre mains tres-aplatis, ce qui na lieu que dans l’Homme et le Chimpanze .
Comme on vient de le voir, le Gorille est Tun des Quadrumanes les plus voisins organiquement del’Homme, et, s’il ne doit pas etre reuni au genre Chimpanze , comme le proposent quelques zoolo-gistes, il s’en rapproche au moins beaucoup. Dans une serie continue des animaux, celle que nousadoptons, ce genre doit etre place intermediairement entre les Chimpanzes plus rapproclies del’Homme et les Orangs-Outangs plus voisins des Gibbons et des autres Singes; mais dans le Systemeparallelique de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, le genre Gorille serait plus intimement uni äcelui des Chimpanzes qua celui des Orangs; les Chimpanzes seraient un terme de la meme petiteSerie que les Gorilles, un antecedent, tandis que les Orangs-Outangs , au contraire, seraient le termecorrespondant d’une autre serie.
Le Gorilla Gina est un Singe gigantesque revetu de grands poils noirs ou noirätres sur la presquetotalite du corps, au moins dans le male, et cette coloration suffit pour le distinguer de tous lesSinges ä forme humaine, et meme du Tschego, seconde espece de Chimpanze admise recemnqent parMM. Franquet et Duvernoy, et qui est encore douteuse. La femelle differe assez notablement du malepar la teinte du pelage, et, sous ce rapport, se rapproche du Chimpanze : eile est d’un noir brunätreplus ou moins fonce, marquee de roux sur quelques parties, principalement sur la töte, et offre desnuances grisätres dans d’autres regions. Il existe aussi des varietes grises, et il parait qu’il y en a