300
IIISTOIRE NATURELLE.
comme les Negres, ne coraprennent pas bien l’independance individuelle de lTIomme, ne retrou-vons-nous pas encore des esclaves? Enfin, d’infämes marins font encore clandestinement cet epou-vantable commerce, et s’ils craignent d’elre pris par les croisieres civilisees, ne se font pas scrupulede jet'er ä la mer leur cargaison humaine. Esperons plutot dans l’education morale pour la civilisa-tion des Noirs, et dans Retablissement de centres speciaux, comme celui qui constitue la coloniede Liberia sur les cötes d’Afrique .
L’histoire de la traite des Negres ne fait pas direetement partie de celle des races humaines; di-söns-en cependant encore quelques mots d’apres l’auteur que nous avons dejä indique. « On doit si-gnaler ä la haine du genre bumain, ainsi qu’aux maledictions des siecles, Alonzo Gonzales, Porlugais,qui le premier, en 1521 environ, regularisa les armements appelesla traite. Le fort de la Mine, surla cöle d’Or, en Guinee, fut le point de l’Afrique oü s’exerca d’abord ce brigandage inconnu del’aniiquite, oü cependant l’esclavage etait un usage adopte, soit qu’on l’admit comme consequenced’un droit de conquete, soit qu’il füt l’application de la condamnation legale ä quelque delit. LesEspagnols avaient, des 1508, transporte des Africains ä Saint-Domingue ... Le Cardinal Ximenes,ministre de l’empereur Charles-Quint, Louis XIII, roi de France, imiterent le Portugal , et, conse-quemment, on vit le rebut des nations chretiennes, sortant de vingt ports europeens sur des pri-sons flottantes approvisionnees de chaines, de verroteries, de petits coquillages et d’esprit-de-vin,accourir du Cap-\’ertau cap Gardafui, sur les plages africaines, dans le but d’echanger leurs mar-chandises contre des Ilommes, ou de voler violemment, et sans echange, les enfants des naturels.I/esprit de rapine et tousles vices s’introduisirent comme une contagion ä l’arrivee de tels forbans,dont lesvictimes, transportees d’abord dans les Antilles, puis en tout lieu oü quelques Europeens essayaient de fertiliser un sol brülant, ne tarderent pas ä s’elever annuellement ä soixante mille.En 1768, la quantite en fut portee ä cent et quelques milliers, dont les Anglais acheterent lamöitie; en 1780, eile se soutenait au meme taux. On peut evaluer ä douze millions au moins lenombre des Africains transportes hors de leur pays depuis la fin du seizieme siede jusqu’ä ce jour(1825), sans que nulle part ces infortunes, accables detravaux et consumes par la fatigue, aientpu se perpeluer beaucoup. 11 a fallu que leurs possesseurs, en les usant, les rem placassent sanscesse, comme dans les tueries des grandes villes on rem place le betail que depecent les bou-chers pour la consommation journaliere. » Nous ne pousserons pas plus loin cette esquisse : nousne parlerons pas de ces marches de la republique americaine des Etats-Unis , oü sont vendus desNegres assimiles ä de vils animaux; nous n’indiquerons pas les cruautes infames de ces maitresferoces, qui ont droit de vie et de mort sur leurs esclaves; c’est dans des ouvrages speciaux que cesdetails et bien d’autres faits que reprouvent la morale et la religion doivent etre cherches. — Reve-nons ä notre role de naturaliste.
C’est dans les Negres de la cöte de Guinee que l’on trouve les traits caracteristiques du rameaunoir africain (Voy. pl. VII, fig. 2, pl. IX, et pl. X). Chez eux, le cräne est allonge, retreci vers lestempes, et la capacite cränienne differe d’environ un neuvieme de celle des Caucasiens; la mä-choire superieure s’incline et se projette en avant, et les apophyses montantes, tres-ecartees en bas,ne laissent qu’un petit espace pour les os propres du nez; l’arcade zygomatique presente un ecarte-ment lateral assez prononce, qui tient ä la depression des fosses temporales; le nez est ecrase ä saracine, epate, pousse en avant par la projection de la mächoire; la boucbe est grande, d’un rougevif dans son interieur; de grosses levres recouvrent des dents Manches, proclives; la mächoire infe-rieure est assez longue; les yeux sont bruns, ä sclerotique jaunätre, ä paupieres fortement ouvertes;le bassin et le tronc en general, mais pas toujours, ont moins de developpement en largeur quedans les autres types; les membres superieurs sont longs en proportion des inferieurs, qui sont unpeu arques en dedans, et qui sont remarquables par le defaut de cambrure du pied et par l’apla-tissement des mollets; les os du squelette sont d’une plus grande blancheur que dans les autresvarietes, et leurs sutures sont plus serrees; les cheveux sont courts, crepus, feutres comme unetoison; enfm la peau est douce, fraiche, coloree en un noir offrant des nuances plus ou moinsbrunätres. La voix est grüle, argentine , piaillarde, singulierement accentuee, et le langage est toutspecial. Sommering a fait voir que le cerveau du Negre etait comparativement plus etroit quele notre; on a aussi remarque que la face se developpait d’autant plus en avant que le cräne se ra-petissait davantage. Le sang est plus fonce que dans les autres races; la sueur est fetide et tache le